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Atlas Nevado de Toluca

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Le Nevado de Toluca, vers un nouveau paradigme de protection de la nature au Mexique

L’Aire de protection de la flore et de la faune Nevado de Toluca était, jusqu’au 1er octobre 2013, un Parc national comme l’un des soixante-six restants dans le pays. Ce que l’on pourrait considérer comme un déclassement du niveau de protection, passant d’une politique plus stricte à une plus souple, n’est pas seulement le résultat d’un défaut de gestion de l’aire protégée depuis sa création en 1935, mais répond aussi à une évolution dans la manière de protéger la nature dans le monde et dont le Mexique n’est pas l’exception.
L’ancien Parc national du Nevado de Toluca (PNNT) est né d’une politique protectionniste entamée en 1898 avec la création de la première aire protégée du Mexique, puis du premier parc national en 1917. Mais c’est surtout pendant le sexennat (1934-1940) du président Lázaro Cárdenas que la création des parcs nationaux voit son apogée, puisque plus de quarante d’entre eux ont été créés durant cette période. La loi mexicaine prévoit pour les parcs nationaux une politique de protection stricte et excluante où, par exemple, personne n’a le droit d’habiter en son intérieur afin d’atteindre au mieux les objectifs de conservation espérés. Cependant, les moyens financiers et humains nécessaires à la bonne mise en place de ces politiques n’ont jamais eu lieu : peu de personnel administratif et sur le terrain, souvent l’absence d’un plan de gestion, et surtout peu ou pas d’expropriations des terres pour éviter qu’il y ait du peuplement à l’intérieur du périmètre de protection. Ces caractéristiques font que souvent on appelle ces aires protégées des parcs de papier, car existant au niveau légal, mais d’une réalité beaucoup plus incertaine sur le terrain.
Les parcs nationaux font partie des aires naturelles protégées de type fédéral, dont la charge repose sur la Corporation nationale d’aires naturelles protégées (CONANP), dont plusieurs autres catégories également : réserves de biosphère (RB), monuments naturels, aires de protection des ressources naturelles, aires de protection de la flore et de la faune (APFF), et sanctuaires. Si dans les années trente ce sont les parcs nationaux qui ont connu un fort développement, suivant le modèle des États-Unis, à partir des années quatre-vingt ce sera le tour des catégories de protection plus intégratrices où l’on insiste sur une plus grande participation sociale au niveau régional et local dans la gestion de telles aires, telles que les RB et les APFF. C’est ce que l’on appelle communément le paradigme intégrateur de la protection de la nature, où il n’est plus question d’exclusion, mais d’inclusion des sociétés aux objectifs de la conservation. Malgré une toujours plus grande prédominance des parcs nationaux par leur nombre (66 contre 41 RB ou encore 38 APFF), si l’on se réfère au pourcentage de la superficie du pays couverte par ces aires protégées, les RB prédominent largement avec 6,44 %, suivies des APFF avec 3,43 % du territoire, alors que les parcs nationaux ne représentent que 0,71 %. Fait encore plus intéressant, nombreux sont les exemples de recatégorisations de parcs nationaux vers des APFF, comme le tout récent APFF Nevado de Toluca, ce qui démontre bien l’échec de certains de ces parcs anciens et la confiance qui est mise sur ces catégories de protection intégratrices.
 

Les aires naturelles protégées au Mexique et le Nevado de Toluca

Extrait d’entretien avec Gloria Tavera Alonso, directrice de la réserve de biosphère du papillon monarque

Dans cet extrait, elle parle des parcs nationaux au Mexique, de leurs origines qui ont justifié à l’époque une conservation stricte et excluante et de la nécessité actuelle de tenir compte des habitants des périmètres de protection.
Elle prend l’exemple du Nevado de Toluca et les incertitudes sur l’aire protégée suite à son déclassement. Ce déclassement permettra-t-il une utilisation raisonnée des ressources qui puisse contribuer aussi à sa protection ou bien l’assouplissement des mesures de protection finira-t-il par « l’achever », cédant à la pression urbaine de la ville de Toluca ?



Le premier parc national voit le jour en 1917, mais le pic du nombre de créations est atteint au milieu et fin des années 1930, suivi d’une période où les gouvernements successifs ont accordé peu d’importance à la protection de la nature. À la fin des années soixante-dix, suivant le contexte international, prolifèrent les aires protégées dites intégratrices, presque de manière exclusive à partir des années 2000.



La carte des aires naturelles protégées mexicaines (2013) nous montre clairement la prédominance par leur superficie des aires protégées à caractère intégrateur, notamment les aires de protection de la flore et de la faune (vert) ainsi que les réserves de biosphère (jaune), mais aussi les aires de protection de ressources naturelles (bleu clair). À cette échelle, les parcs nationaux ne sont guère visibles malgré leur plus grand nombre.
Le volcan Nevado de Toluca fait partie du système volcanique transversal, chaîne de montagnes traversant tout le pays d’ouest en est, entrecoupée par plusieurs vallées, dont celles de Puebla, Mexico, Toluca et Morelia. Sur ses 800 km, il traverse quatorze États et possède les plus hauts sommets du pays – le point culminant du Mexique est le Pico de Orizaba à 5 610 mètres d’altitude. Étant un cordon volcanique actif, plusieurs de ses volcans entrent en éruption régulièrement, dont le plus jeune volcan au monde, le Paricutín dans l’État du Michoacán, en formation depuis le 20 février 1943.




Le Nevado de Toluca, symbole fort de la ville homonyme et capitale de l’État de Mexico, n’est pas la seule aire protégée dans cette zone, nombreuses sont celles présentes dans l’axe néo-volcanique notamment dans la partie la plus centrale du pays. Ainsi, il est accompagné principalement par d’autres aires de protection de la flore et de la faune et parcs nationaux, mais aussi par une réserve de biosphère et une aire de protection des ressources naturelles. L’emplacement de ces périmètres de protection n’est pas anodin puisqu’ils se situent majoritairement là où il y a des volcans (Nevado de Toluca et Iztaccihuatl-Popocatepetl) et/ou dans des zones d’importance écologique par la présence de forêts et de réserves d’eau.


Les aires protégées autour du Nevado de Toluca et incluant celui-ci n’ont pas seulement pour rôle de protéger une biodiversité particulièrement riche, une espèce animale emblématique (exemple : Papillon Monarque) ou un ensemble floristique ou végétal. Il s’agit de protéger une ressource en eau considérable et d’importance vitale. Le programme de restauration de microbassins, lancé par la CONAFOR en 2010, vise à sauvegarder des zones forestières sous forte pression anthropique, indispensables pour la fourniture en eau des grandes villes à proximité. À titre d’exemple, le microbassin Cutzamala-La Marquesa fournit 25 % de l’eau consommée par Mexico et son aire métropolitaine.

Les acteurs qui jouent un rôle dans les aires protégées au Mexique sont nombreux et variés. Chaque territoire possédant un réseau d’acteurs qui lui est propre, il est impossible de tous les rassembler sur un seul et même schéma et que cela soit valable pour chaque cas. Cependant, le schéma ci-contre tente de synthétiser les principaux acteurs ainsi que leurs actions précises sur le terrain, de manière à visualiser globalement l’organisation type dans chaque aire protégée. Si l’on ne s’intéressait qu’à une seule aire, le schéma deviendrait bien évidemment beaucoup plus complexe.


Du fait des caractéristiques propres au Mexique, les communautés locales sont les principaux acteurs des aires protégées puisqu’ils y sont présents en permanence sur le terrain.
En charge de leur administration, la CONANP possède un certain nombre de programmes phares (flèches rouges sur la carte ci-contre) au bénéfice des communautés locales, tout comme la CONAFOR ou encore la PROFEPA (ces trois organismes dépendant de la SEMARNAT).

D’autres acteurs sont également présents : des experts, principalement des ingénieurs qui s’occupent, par exemple, des plans de gestion forestière auprès des communautés ; des mécènes privés qui peuvent apporter du financement, soit directement soit par des associations ; des ONG qui le plus souvent travaillent directement avec les communautés ; etc.
Ces acteurs peuvent se retrouver au sein d’organes dits participatifs, notamment des conseils consultatifs, voire microrégionaux, espaces indispensables pour la construction des réseaux d’interconnaissance et de proximité.

Sigles

  • SEMARNAT : le Ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles a la charge au niveau national « de promouvoir la protection, restauration et conservation des écosystèmes et ressources naturelles et les biens et services environnementaux du Mexique. »
  • CONANP : la Commission nationale des aires naturelles protégées est un organe déconcentré de la SEMARNAT, créé en 2000 et décentralisé depuis 2003, possédant la gestion directe de tous les espaces naturels protégés fédéraux du pays.
  • CONAFOR : la Commission nationale forestière est un autre organe déconcentré de la SEMARNAT, créé en 2001, et dont l’objectif principal est de développer, favoriser et stimuler les activités productives de conservation et de restauration dans le domaine forestier. Son champ de compétences va au-delà des espaces naturels protégés puisqu’elle a un droit d’ingérence dans toutes les zones où des forêts sont présentes.
  • PROFEPA : l’instance de contrôle fédérale pour l’application des normes environnementales, créées en 1992, est également un organe déconcentré de la SEMARNAT dont l’objectif est de surveiller que les lois en faveur de l’environnement soient respectées dans le but de contribuer au développement durable.
  • FMCN : le Fond mexicain pour la conservation de la nature est un organisme para-institutionnel créé en 1994, qui collecte, administre et distribue de fonds économiques et techniques, issus du secteur privé et philanthropique vers de projets et programmes de conservation.

Bibliographie

  • Borrini-Feyerabend, G., Kothari, A., Oviedo, G., 2004. Indigenous and local communities and protected areas, WCPA, IUCN, Best Practice Protected Area Guidelines Series N° 11.
  • De la Maza Elvira, R., 2000. Una historia de las áreas naturales protegidas en México, Gaceta Ecológica, 51, 15-34.
  • Dumoulin Kervran, D., 2009. Un rythme mexicain dans le temps mondial de la conservation. In : Froger, G., Géronimi, V., Méral, Ph., Schembri, P. (dir.). Diversité des politiques de développement durable. Temporalité et durabilités en conflit à Madagascar, au Mali et au Mexique. Paris, Khartala-GEMDEV, pp. 95-124.
  • Halfter, G., 2011. Reservas  de  la  Biosfera: Problemas y Oportunidades en México. Acta Zoológica Mexicana, 27, 177-189.
  • Laslaz, L. (dir.), Depraz, S., Guyot, S., Héritier, S., 2012. Atlas mondial des espaces protégés : Les sociétés faces à la nature. Paris : Editions Autrement, Collection Atlas/Monde.
  • Simonian, L., 1995. Defending the Land of the Jaguar. A History of Conservation in Mexico. Austin: University of Texas Press.
  • Wakild, E., 2011. Revolutionary Parks: Conservation, Social Justice, and Mexico’s National Parks, 1910-1940. Tucson: University of Arizona Press.
  • Comisión Nacional de Áreas Naturales Protegidas (CONANP). 2011. Acciones y programas prioritarios. CONANP.
  • Comisión Nacional de Áreas Naturales Protegidas (CONANP). 2014. Áreas protegidas decretadas. CONANP.
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