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Atlas Nevado de Toluca

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La population indigène dans le Nevado de Toluca




À l’intérieur de l’aire protégée du Nevado, la culture indigène n’occupe plus qu’une présence résiduelle. Moins de 2 % de la population de 3 ans et plus parlent une langue indigène. Seulement 49 habitants ne parlent qu’une langue indigène sans connaître l’espagnol.

Deux municipes se dégagent, Temascaltepec, (où se trouve la grande commu¬nauté indigène de San Francisco Oxtotilpan) et Texcaltitln : la culture indigène y est encore un peu présente. Trois langues indigènes (le Mexique en compte au total 67) sont pratiquées dans les núcleos agrarios du Nevado : le Matlazinca, l’Otomi et le Náhuatl.

Le pourcentage de la population totale des communautés du PARC parlant une langue indigène est de seulement 3,2 %. Ce faible taux s’explique par la politique de « castillanisation » menée depuis l’indépendance jusqu’aux années 80. Une tentative est actuellement menée à San Francisco Oxtotilpan à l’initiative de ses habitants pour intégrer l’apprentissage du Matlatzinca dans les programmes d’éducation.
San Francisco Oxtotilpan, située dans le municipe de Temascaltepec, constitue un exemple riche, révélateur des caractéristiques de la région du Nevado de Toluca, mais aussi un cas particulier, lié à son statut de communauté indigène. La communauté vit de l’agriculture et des activités minières, l’Eglise organise et contrôle une large part de la vie quotidienne. Considérée comme une communauté calme, la situation s’est néanmoins dégradée avec l’implantation progressive des cartels dans la région du Nevado à partir de 2010. Le système éducatif est bien implanté dans la communauté : en effet, en plus des fonds alloués par le gouvernement, la municipalité dispose de l’aide financière de programmes fédéraux pour le maintien de la culture indigène matlatzinka.

Un réseau éducatif dense et efficace

San Francisco Oxtotilpan dispose d’un réseau éducatif dense, avec deux écoles maternelles, deux écoles primaires, une telesecundaria et un colegio de bachilleres (un lycée) à la sortie du village. L’école primaire Emiliano Zapata compte par exemple deux professeurs pour 148 élèves, qui suivent des cours tous les jours de 8 h à 14 h, selon les horaires du turnomatutino. Dans cette école, comme dans le reste de la communauté, la quasi-totalité des enfants poursuit leur scolarité jusqu’à la fin de la secundaria.
Si environ 15 % des élèves poursuivent jusqu’au lycée, ils ne sont plus qu’une poignée chaque année à tenter leur chance à l’université, à Toluca ou à Mexico. La raison de cette déscolarisation plus ou moins précoce est évidente pour les habitants, pour qui passés 15 ans, « il faut gagner de l’argent ». Néanmoins, la scolarisation jusqu’à la fin de la secundaria place San Francisco Oxtotilpan parmi les communautés à la scolarisation la plus aboutie. Ce bon équipement scolaire peut en partie s’expliquer par la particularité culturelle de la communauté. En effet, elle est la dernière de la région à parler le matlatzinka, encore très parlée par les populations âgées, mais qui semblent se perdre peu à peu selon le delegado. Cependant, plusieurs signes témoignent de la persistance de cette langue. Tout d’abord, si les enfants du village communiquent principalement en espagnol, ils intègrent à leur lexique quelques mots piochés dans le vocabulaire matlatzinka. Cette vitalité est soutenue par l’État fédéral, qui subventionne des projets de soutien à la culture matlatzinka, avec la création d’un centre culturel dédié à la culture indigène, et un enseignement spécifique. En effet, tous les vendredis, un professeur vient donner un cours de langue matlatzinka aux élèves de l’école primaire, ce court est aussi ouvert aux adultes de la communauté. Le matlatzinka est une composante incontournable de la communauté, et se transmet aussi et surtout dans le cadre familial, comme nous le confirment les habitants. Les grands-parents jouent ainsi un rôle déterminant pour la transmission de la langue et de la culture.
La vie politique et quotidienne est elle aussi largement influencée par cette culture indigène. Un « chef suprême » matlatzinka est même élu pour trois ans par la communauté ; c’est l’autorité suprême pour les Matlatzinkas, pour lesquels il exerce une fonction de représentation politique auprès des autorités municipales, étatiques et fédérales. La fonction est aussi honorifique et symbolique, dans une communauté qui accorde une importance déterminante à cette richesse culturelle.

La vie quotidienne de la communauté est aussi marquée par le rôle de l’Église catholique, très puissante et implantée. La majorité de la population est en effet catholique, et l’Église exerce un contrôle très fort sur les habitants de San Francisco Oxtotilpan. Le delegado insiste sur le bien-fondé de cette démarche visant à dénoncer publiquement les habitants qui n’ont pas donné l’aumône, arguant qu’il est logique que tout le monde participe financièrement à l’Église, y compris les pauvres, qui « doivent se sacrifier pour payer », sous peine de s’exposer à des sanctions religieuses (refus des offices), morales et sociales (mise à l’écart de la communauté).

L’arrivée récente des groupes criminels : une communauté face à l’accroissement de la violence

Si de l’avis du delegado, la communauté est calme et « il y fait bon vivre », certains habitants ne sont pas exactement du même avis, et soulignent la dégradation de la situation depuis quelques années. Plusieurs vols ont ainsi été commis, à la secundaria, où du matériel informatique a été dérobé, ainsi qu’à l’église. De nombreuses rixes secouent également le lycée situé à la sortie de San Francisco Oxtotilpan. Mais plus encore que ces actes de délinquance, plusieurs interlocuteurs insistent sur « l’augmentation de la violence » et le « pouvoir grandissant des groupes criminels ». Pour monsieur R., la Familia Michoacana et les Zetas opèrent désormais dans cette région rurale, au vu et au su de tous, alors qu’ils se concentraient jusqu’il y a peu sur les centres urbains de la région. Plusieurs habitants tentent d’expliquer cette implantation par le relief et le couvert forestier, qui offrent des cachettes aux criminels.
Le village s’organise en réaction à cette nouvelle présence qui dérange, avec la mise en place de rondes de surveillance, l’utilisation des télécommunications, mais aussi de la cloche de l’église, comme moyen de mobilisation des habitants en cas d’incidents. Monsieur R. pointe néanmoins un « inquiétant phénomène » : de nombreux jeunes sont aujourd’hui fascinés par la puissance des groupes criminels, qui trouvent là une main-d’œuvre aussi nombreuse qu’influençable. Et les pouvoirs publics semblent désarmés face à cette augmentation de la violence. Madame S. est d’ailleurs très critique envers le pouvoir politique : « c’est le village lui-même qui s’organise ; ce n’est pas grâce aux delegados ». La police en prend aussi pour son grade, en raison du temps de réaction et de desserte nécessaire en cas d’appel. Mais, en dépit de cette organisation populaire qui « rend difficile à quiconque de passer inaperçu », un assassinat a été commis à l’arrêt de bus à l’entrée du village, en juillet 2013, sans que l’enquête n’aboutisse. Et nombreux sont les habitants qui vivent depuis dans la peur, refusent de sortir dehors le soir et se méfient des gens et des véhicules étrangers.

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