Ecole normale supérieure de Lyon
Atlas Nevado de Toluca

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De jeunes géographes sur le terrain

Une expérience d’exception. C’est ainsi que pourrait se résumer la mise en place de l’Atlas du Nevado de Toluca. En effet, le projet ANR SELINA intégrait dans le budget initial la réalisation d’un stage de terrain pour une promotion d’étudiants de Master en géographie de l’École normale supérieure (ENS) de Lyon. Une initiative plutôt rare, approuvée et saluée par les enseignants de l’ENS de Lyon : car si les projets de recherche offrent généralement quelques sujets de mémoire de master, ils donnent rarement une place aussi importante à la formation des étudiants. Le directeur du projet SELINA, Jacques Imbernon, a d’emblée justifié ce choix audacieux : la venue sur le terrain d’un groupe d’étudiants motivés et intéressés apporterait un regard neuf sur les problématiques du projet et générerait des idées nouvelles pour l’équipe.

Un cours du Master STADE : « Écouter, mesurer, regarder : l’apport du terrain »

L’ENS de Lyon, membre de l’Université de Lyon, est une grande école dont la particularité est de former les étudiants à la recherche par la recherche. Aussi, le cursus en géographie du Master STADE (Systèmes territoriaux, Aide à la Décision, Environnement) intègre de longue date en première année un module de formation à la pratique du terrain qui passe par un stage collectif d’une semaine : il s’agit du cours « Écouter, mesurer, regarder : l’apport du terrain ». Ce cours est toujours associé à la réalisation d’un travail collectif par binôme ou trinôme, qui répond parfois à une commande (pour une association de développement local, une collectivité territoriale…). Au second semestre, les étudiants partent sur leur propre terrain de recherche lié à leur mémoire.

Du 13 au 28 octobre 2013, la promotion 2013-2014 du Master STADE a donc eu la chance de se rendre au Mexique pour un stage de terrain financé par le projet SELINA. L’objectif demandé aux étudiants était la réalisation des pages d’un futur Atlas du Nevado de Toluca. Un seul mot d’ordre de Jacques Imbernon, directeur du projet : se montrer « innovants ».

Dix-huit étudiants sont partis pour dix jours à Toluca et 4 jours à Mexico DF, sous la houlette de deux enseignants, Luc Merchez et Julie Le Gall, accompagnés de deux de leurs collègues membres du projet SELINA, Paul Arnould et Yves-François Le Lay, et d’une doctorante en géographie et ancienne élève de l’ENS de Lyon, Camille Vergnaud, qui avait aussi été la première étudiante de l’ENS à se rendre sur ce terrain en 2010. Les étudiants ont choisi en binôme deux thématiques de travail destinées à devenir ensuite des futures pages de l’atlas.

La promotion du Master STADE 2013-2014 et leurs accompagnateurs

Un accueil « de diezpuntos » à la Faculté de géographie de l’Université autonome de l’État de México


Ce stage aurait été impossible sans un relais local. L’équipe a pu bénéficier sur place d’un appui institutionnel, logistique et scientifique sans faille de la part de la Faculté de géographie de l’Université autonome de l’État de México, avec le soutien du partenaire du projet, l’ICAR.

À la Faculté de géographie, qu’un hommage particulier soit rendu au Dr Delfino Madrigal Uribe, qui a dirigé ce stage côté Mexique et est décédé brutalement quelques mois après le projet. Delfino Madrigal Uribe a géré en amont la préparation logistique du stage et a apporté son soutien et sa connaissance de la zone durant la totalité du stage. Malgré un emploi du temps chargé, il a accompagné l’équipe sur le terrain et jusque tard le soir lors des séances de débriefing, il a convoqué des chercheurs afin de proposer un débat scientifique de haut niveau, il a animé les séances de travail. C’est lui qui a permis l’excellent déroulé du stage, ce pour quoi l’équipe française lui est éternellement reconnaissante. Il a invité d’autres professeurs aux sorties de terrain et a surtout proposé à une dizaine d’étudiants en géographie d’accompagner les binômes français sur leurs thématiques et sur le terrain, favorisant un échange interculturel d’une grande richesse. Sa mort a malheureusement distendu ensuite les liens avec ces étudiants, qui n’ont pas pu contribuer directement à l’atlas à la suite du stage.
À l’ICAR, la Dra Tizbe Arteaga Reyes a accompagné le groupe franco-mexicain en amont, tout au long du séjour et en aval du projet pour la réalisation de l’Atlas. Personne-ressource s’il en est une dans ce projet SELINA, elle a durant ce stage éclairé les étudiants de sa grande expérience de l’Aire protégée, autant que les organisateurs français pour que le séjour se déroule sous les meilleurs auspices. Sa présence lors des sorties de terrain a été d’un soutien immense. Tizbe Arteaga Reyes a également proposé à trois de ses étudiants d’être présents avec les Français : Alma Inès Sotero García, Carlos RubénAguilar Gómez et Noé Antonio Aguirre González. Ils ont apporté leur expertise sur leurs sujets respectifs. Enfin, sans la présence de Clotilde Lebreton, doctorante du projet SELINA, l’accès au terrain des étudiants n’aurait pas été le même. Elle a offert au groupe sa connaissance fine des communautés, de leurs activités, de leur organisation, ce qui a permis de répondre au plus près des demandes des étudiants par rapport à leurs thématiques et aux acteurs qu’ils souhaitaient rencontrer.

Le sans-faute du stage tient enfin au dialogue fructueux entre le directeur de l’ICAR, le Dr Gabino Nava Bernal, et le directeur de la Faculté de géographie en poste à ce moment-là, le Dr Noel Bonfilio Pineda Jaimes. Ils ont mis à disposition de l’équipe franco-mexicaine les meilleurs moyens pour favoriser le quotidien des stagiaires : les voitures, camionnettes et pick-up de leurs institutions respectives, nécessaires au transport quotidien de plus de 35 personnes (!), avec des chauffeurs dont il faut saluer l’extrême amabilité et disponibilité, mais aussi les salles, dont la fameuse « salle des débriefings » à proximité de l’hôtel où logeaient les Français.

Un programme chargé pour explorer le Nevado

De quelle façon s’est organisé le stage ? Pour tout le monde, les quinze jours au Mexique ont été d’une grande intensité.

Le programme s’est décliné en 6 temps :
  • Un jour pour l’accueil et des présentations générales sur la zone du Nevado de Toluca.
  • Trois jours de terrain entre les communautés de l’Aire protégée et les institutions locales de Toluca, puis un jour de bilan et traitement des données récoltées.
  • Une pause escapade au Volcan.
  • Trois jours de terrain avec des rendez-vous et trajets très ciblés en fonction des manques identifiés à la fin de la semaine précédente.
  • Un jour de restitution par trinôme franco-mexicain sur les thématiques initiales.
  • Trois jours à Mexico DF entre visites touristiques, géographiques et exposés des étudiants in situ.
Les journées ont laissé peu de temps à la flânerie… Départ 8 h, retour vers 18 h 30 voire 19 h 30 et séance de débriefing ensuite jusqu’à 20 h 30… Commençait alors une deuxième journée : pour les étudiants, le déchargement des appareils photo et des données du GPS, le géoréférencement des photos, le classement des données, le carnet de terrain ; pour les enseignants, le débriefing de la journée, l’organisation des trajets en voiture pour le lendemain, l’organisation de la suite du stage…

Quelques temps de pause ont néanmoins permis de souffler : l’ascension du volcan, très attendue pour la plupart des étudiants (constat fait lors d’un questionnaire préparatoire au projet), des sorties dans la ville de Toluca dans l’ambiance préparatoire à la fête des Morts (2 novembre, 4 jours après le départ), et bien sûr, les visites de DF, dont une soirée mémorable de catch.

La collecte des données

En vue de collecter les données, les étudiants ont mis en place principalement une méthodologie qualitative par entretiens semi-directifs avec différents types d’acteurs. Certains ejidos apparaissaient plus propices à certaines thématiques, tels Calimaya pour la culture de la pomme de terre ou AguasBenditas pour la gestion de la forêt.
Les acteurs rencontrés ont été les suivants : des personnes interrogées dans la rue, des responsables d’association (éducation, culture, tourisme), des agriculteurs, floriculteurs, éleveurs, des pisciculteurs, des professeurs dans les écoles, des commerçants, des gérants de scierie, des promoteurs immobiliers, des responsables politiques à différents échelons (commissaire ejidal, responsable au niveau municipal, policier…), des chercheurs… Pour ce faire, des grilles d’entretien avaient été élaborées, discutées et corrigées en amont.

Certaines rencontres ont été organisées de manière collective ; mais la plupart du temps, les étudiants s’éparpillaient par petits groupes de 3 au sein des localités et zones visitées afin de répondre à leurs questionnements thématiques spécifiques. Le programme était fait pour éviter la surpopulation d’étudiants en même temps sur une même communauté.

Rencontre collective avec les autorités ejidales de San Juan de las Huertas


Des visites collectives par zone ont été organisées durant les deux premiers jours de terrain, afin que l’ensemble des étudiants ait une vision des grandes différences géographiques, par exemple entre nord et sud de l’aire protégée. Si ces moments laissent moins de place aux entretiens individuels, ce que réclamaient les étudiants, ils permettent néanmoins de proposer un cadre de réflexion commun à l’ensemble du groupe.

Rencontre individuelle à l’ouest sur les thématiques forestières


Les entretiens semi-directifs ont été le mode d’enquête préféré des étudiants. Ces entretiens leur permettaient non seulement de poser leurs questions spécifiques à leurs thématiques, mais surtout d’évoluer en autonomie, de tester leurs capacités à avancer seuls avec leurs hypothèses. Un stage qui, à ce niveau, en a aidé plus d’un à partir sereinement sur son propre terrain quelques mois plus tard.

Rencontre avec une association culturelle, Cacalocaman


Suivant leur thématique, les étudiants ont été amenés à frapper aux portes, parfois sans succès, de diverses institutions et associations. Ici, un trinôme se fait inviter à une démonstration de danses traditionnelles. Se déploie ici l’apprentissage de l’observation participante.

Rencontre avec des représentants de la Conamp


Les besoins des trinômes se recoupent parfois, en particulier lorsqu’il s’agit de rencontrer les autorités politiques. Ici les intérêts des groupes agriculture, forêt et histoire sont partagés pour comprendre la gestion du Parc. Les entretiens, retranscrits et mis en commun ensuite, sont utilisés aussi par d’autres groupes qui ont pu faire passer leurs questions auparavant.
La collecte de données répond généralement au même schéma : avant les phases de collecte de données, les étudiants prennent le temps de discuter au sein de leur trinôme pour savoir quelle va être leur stratégie sur le terrain ; puis ils collectent les données, les mettent en forme à chaud, avant de les rediscuter ensemble posément.

Collecte de données « à l’aveugle » dans la rue

Mise en forme des notes à chaud


Au cours de ce stage, les étudiants apprennent à « faire l’éponge » : absorber la plus grande quantité de données possibles avant de les « éponger » ensuite sur un cahier d’écolier, à l’écart de leur situation d’interaction.

Débriefing des entretiens « à chaud »


Les entretiens génèrent en général des discussions entre les étudiants, qui font avancer leur réflexion immédiatement après l’entretien.

Débriefing des entretiens « à froid »


Les pauses à la faculté de géographie permettent de faire le point tous les deux jours sur les avancées par rapport aux thématiques spécifiques.
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