Ecole normale supérieure de Lyon
Atlas Nevado de Toluca

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Comparer les systèmes publics de gestion de l'eau dans deux communautés

À travers l’étude de cas de deux communautés, on peut voir en quoi la bonne ou mauvaise gestion de l’eau par la communauté ejidale dépend du contexte spatial dans lequel elle se situe – pression urbaine plus ou moins forte – et de ses relations avec les communautés voisines et la Conagua.

L’eau potable à San Juan de las Huertas : une gestion malaisée

Le système d’approvisionnement en pratique

À San Juan de las Huertas, l’approvisionnement en eau potable des populations nécessite l’utilisation d’un puits profond. L’accès de la communauté à ce dernier résulte d’une concession de la Commission nationale de l’eau (CONAGUA). Le comité de l’eau potable qui est autonome gère la distribution de l’eau. Celle-ci n’est pas disponible pendant toute la journée, mais seulement pendant 6 à 8 heures et la distribution se fait par roulements selon 20 zones dans la ville. Chaque famille doit payer une taxe annuelle de 240 pesos (autour de 15 euros), avec une réduction d’environ 50 % pour les plus âgés. Plusieurs infrastructures assurent le traitement et l’acheminement de l’eau du puits aux habitations : des galeries, un réservoir où l’on filtre l’eau pour en retirer le sable, un dispositif de chloration . Le tout a été construit et est entretenu par les ejidatarios qui effectuent un nettoyage tous les deux ou trois mois. Quant à l’eau d’irrigation, elle dépend d’un autre service.

L’eau, une ressource en péril ?

La préservation de la ressource hydrique semble relativement problématique au sein de la communauté. Le Comité fait montre d’une réelle volonté de conserver la qualité de l’eau par le respect des normes gouvernementales (qui fait l’objet de vérifications pluriannuelles) et la promotion de l’hygiène de celle-ci. La quantité d’eau disponible paraît néanmoins poser problème dans l’ejido. Celle-ci est considérée comme insuffisante pour les usages domestiques et fait l’objet de nombreuses inquiétudes dans un contexte de déforestation — la déforestation étant défavorable à l’infiltration de l’eau. Par ailleurs, selon les membres du Comité, environ 75 % des habitants ne paieraient pas la taxe pour l’accès à l’eau. Le comité a dans ces cas-là la capacité et l’autorité de couper l’eau, mais ne le fait que rarement. Une campagne de sensibilisation a été mise en place dans cette optique, afin d’inciter les populations à prendre conscience de la valeur de l’eau et à payer la taxe, pour mieux entretenir ce système qui coûte cher à la communauté.


Les deux communautés de San Pedro Tejalpa et San Juan se situent à cheval entre l’aire protégée et la zone périphérique ouest de Toluca. Les espaces résidentiels se situent à l’extérieur de l’aire protégée, tandis que la plupart des terres cultivées, des pâturages et des forêts sont localisés à l’intérieur. Malgré leurs statuts différents (San Juan est une zone urbaine et San Pedro une localité rurale), les deux communautés enregistrent toutes deux des taux de croissance démographique élevés, du fait de l’expansion urbaine due à leur proximité avec Toluca.

Isolement institutionnel et difficultés de gestion

San Juan se trouve dans une position délicate du fait des relations tendues et malaisées entre la communauté, et plus spécifiquement le Comité de l’eau, d’une part et l’État et la CONAGUA d’autre part. D’après le responsable du Comité de l’eau potable, le commissaire ejidal précédent a modifié la loi afin de céder une partie de l’eau de la concession à d’autres localités. Ceci contribuerait non seulement au manque d’eau actuel, mais aussi à la complication des rapports avec le gouvernement, celui-ci ne reconnaissant plus l’autorité du comité. En retour, les ejidatarios font preuve d’une certaine méfiance envers le gouvernement, méfiance qui prend notamment la forme d’un net rejet de la recatégorisation. Ainsi, une certaine insécurité transparaît dans le discours du responsable du comité, quant à l’accès de la communauté à l’eau : si la loi assure l’eau à tout un chacun (droit fondamental), l’eau appartient à la nation et l’accès à cette ressource n’est pas un acquis immuable. Comme il n’y a pas de gestion municipale de l’eau et que les relations avec les autres institutions sont médiocres, San Juan est donc relativement isolée dans la gestion de l’eau et les revendications de la localité sont a priori peu prises en compte par la Conagua.

Des usages diversifiés de la ressource hydrique à San Pedro Tejalpa : coopération pour l’irrigation et approvisionnement en eau potable

L’accès à l’eau de l’aire protégée

L’utilisation de la ressource en eau à San Pedro Tejalpa semble de manière générale moins conflictuelle qu’à San Juan de las Huertas . Les ejidatarios interrogés déclarent bénéficier de l’aire protégée : plusieurs sources, une abondance d’eau de pluie, mais pas d’inondations. L’accès à l’eau et la gestion de cette ressource prennent néanmoins des formes différentes selon qu’il s’agit de l’eau potable ou de celle servant à l’irrigation : les enjeux, les infrastructures et les problèmes rencontrés ne sont pas les mêmes.

L’eau d’irrigation : une coopération ejidale relativement bien installée

Les infrastructures utilisées pour l’irrigation puisent l’eau des sources du Nevado  et elles sont communes à trois ejidos : San Pedro Tejalpa, El Contadero et San Antonio Acahualco. Les canaux ont été créés en 1836 par des Espagnols, à l’époque de l’hacienda. Il y avait alors une usine destinée à la production d’électricité, avec des turbines. Ces canaux sont utilisés aujourd’hui pour l’irrigation. En cas de remplissage maximal du dispositif par les pluies, l’excédent d’eau est reversé dans les cours d’eau naturels. L’irrigation est en fait réalisée en alternance : irrigation naturelle pendant la saison des pluies et utilisation du dispositif commun le reste de l’année. La gestion et l’entretien des infrastructures (canaux, réservoirs) sont supervisés par les trois commissaires. Les ejidatarios réalisent ce travail volontairement ; il faut tout nettoyer et effectuer les réparations nécessaires à la fin de la saison des pluies. Les tâches sont réparties selon un calendrier spécifique : cela commence le 20 janvier et il y a tous les 20 jours une rotation d’une communauté à l’autre pour réaliser le travail d’entretien à raison de 8 heures par jours pendant 5 jours. Cette gestion en coopération semble se passer relativement bien, même s’il y a parfois des conflits entre les ejidos voisins. L’un d’eux aurait par exemple essayé de s’approprier toute l’eau en la mettant au nom de la communauté, mais le problème est aujourd’hui réglé. La gestion de l’irrigation est en tout cas moins problématique que celle de l’eau potable, notamment du fait de l’abondance d’eau de pluie.

L’eau potable, une gestion plus délicate

La distribution de l’eau potable prélevée dans les sources est organisée autour d’un système de roulement selon différents jours qui remonte à 1936. L’eau est considérée comme peu chère : 200 pesos par personne et par an pour l’aménagement et l’entretien nécessaires (contre 12 000 pesos environ dans la ville de Toluca). Elle est de bonne qualité et les ejidatarios déclarent que l’approvisionnement fonctionne bien. Il importe néanmoins de nuancer ce bilan globalement positif : l’eau n’est pas toujours acheminée correctement, parfois elle ne l’est pas du tout (selon les étages, les lieux, les périodes...), les habitants effectuent donc des réserves personnelles. Certaines infrastructures en projet sont nécessaires, notamment une fosse septique pour limiter la contamination de l’eau, mais coûtent très cher. Par ailleurs, l’augmentation de la population pose problème et de plus en plus de quartiers ont besoin d’un accès à l’eau potable : il y a donc une quantité moindre d’eau par personne et l’eau du Nevado est perçue comme une ressource en cours d’épuisement. Comme à San Juan de las Huertas, la déforestation est présentée comme un problème pour l’infiltration de l’eau et les solutions mises en œuvre par le gouvernement dans cette optique laissent les personnes interrogées sceptiques : « bientôt, on va devoir se battre pour un verre d’eau ».
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